Les particules fines en Europe

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La valeur guide de 10 microgrammes de particules fines par mètre cube préconisée par l’OMS est dépassée dans toutes les villes européennes étudiées, sauf Stockholm.

Elles sont partout autour de nous, en suspension dans l’air ambiant. Nous ne les voyons pas et pourtant elles se glissent à chaque inspiration au plus profond de nous.
Elles, ce sont les particules fines. Plus ces polluants atmosphériques sont petits, plus ils sont nocifs et dangereux puisqu’ils pénètrent plus loin dans le système respiratoire. Responsables d’altération des fonctions pulmonaires, de cancer du poumon, de maladies cardiovasculaires ou encore d’une diminution de l’espérance de vie, les particules fines représentent un réel facteur de risque sanitaire. D’où l’intérêt de surveiller de près les taux de ces polluants dans l’atmosphère et les conséquences qu’ils peuvent engendrer.
C’est ce à quoi se sont attelés les scientifiques impliqués dans le projet Aphekom, entre juillet 2008 et mars 2011. Ce projet, coordonné par l’Institut de veille sanitaire français et mené dans 12 pays européens par plus de 60 scientifiques, apporte un éclairage sur les effets sanitaires et économiques de la pollution urbaine en Europe. Les conclusions sont désormais connues.
De Stockholm au nord à Athènes au sud, et de Dublin à l’ouest à Bucarest à l’est, les chercheurs ont passé au crible les effets de la pollution dans 25 villes européennes, et ce grâce à des indicateurs d’impact sanitaire classiques et innovants. Les résultats de ces trois années de recherche montrent notamment que si les niveaux moyens annuels de particules fines d’un diamètre de 2,5 micromètres au plus (PM2,5) étaient ramenés au seuil de 10 microgrammes par mètre cube, valeur préconisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’espérance de vie des personnes âgées de plus de 30 ans pourrait augmenter.
Ainsi, à Bucarest où ce niveau moyen annuel est de 38 microgrammes par mètre cube, le gain d’espérance de vie serait le plus important, s’élevant à 22 mois. Stockholm, avec ses 9,4 microgrammes/m3, est la seule ville sous le seuil OMS.
Et Bruxelles ? Dans notre capitale, le taux de particules fines est de l’ordre de 19 microgrammes par mètre cube. Si la norme OMS était appliquée, l’espérance de vie s’accroîtrait de sept mois !
« D’un point de vue économique, le respect de cette valeur guide se traduirait par un bénéfice d’environ 31,5 milliards d’euros grâce à une diminution des dépenses de santé, de l’absentéisme et des coûts associés à la perte de bien-être, de qualité et d’espérance de vie », indique le rapport.
Autre conclusion du projet Aphekom : habiter à proximité du trafic routier augmente sensiblement la morbidité attribuable à la pollution atmosphérique. En effet, cela constituerait un facteur majorant dans le développement de pathologies chroniques. « Dans 10 villes européennes, le fait d’habiter près du trafic routier pourrait être responsable d’environ 15 % des asthmes de l’enfant et, dans des proportions similaires ou plus élevées, de pathologies chroniques respiratoires et cardiovasculaires chez les adultes de 65 ans et plus ». Le coût associé à ces impacts est estimé à 300 millions d’euros chaque année.
La chute du dioxyde de soufre
Si le tableau dépeint par les scientifiques est certes sombre, il y a tout de même une bonne nouvelle. Les niveaux de dioxyde de soufre dans l’air ont diminué de manière marquée et pérenne. Ces résultats reflètent l’effet de la législation européenne visant à réduire les niveaux de soufre dans les carburants.
Au total, celle-ci aurait permis de prévenir 2.200 décès prématurés et un coût de 192 millions d’euros dans les vingt villes étudiées. Preuve donc que la mise en œuvre de réglementations efficaces dans le domaine de la pollution atmosphérique se concrétise par des bénéfices sanitaires et monétaires importants.

BINET,AUDREY
Le Soir 03-03-2011

 

Pollutions : l’Europe menace la Belgique

La Commission européenne demande à la Belgique d’appliquer pleinement la législation de l’Union européenne sur la qualité de l’air pour ce qui est des particules fines. Quant aux eaux usées, la Belgique pourrait être mise à l’amende.

Selon elle, ces États n’ont pas remédié au problème des émissions excédentaires de minuscules particules en suspension dans l’air appelées « PM10 ».

Dans un communiqué, la Commission européenne a précisé qu’ils disposaient de deux mois pour satisfaire cette demande, faute de quoi elle pourrait saisir la Cour de justice de l’Union européenne.

Les particules en suspension dans l’air (PM10) sont essentiellement présentes dans les polluants émis par l’industrie, la circulation routière et le chauffage. Elles peuvent provoquer de l’asthme, des problèmes cardiovasculaires, des cancers du poumon.

La directive 2008/50/CE imposait aux États membres de veiller à ce que certaines limites applicables aux PM10 soient respectées pour 2005.

Tout pays peut demander à être exempté jusqu’en juin 2011 des obligations concernant les valeurs limites applicables aux PM10, mais ces exemptions sont soumises à un certain nombre de conditions.

Les États membres doivent démontrer qu’ils ont pris des initiatives visant au respect des normes pour la nouvelle échéance et qu’ils appliquent un plan d’amélioration de la qualité de l’air prévoyant les mesures correspondantes de réduction des concentrations pour chaque zone de mesure de la qualité de l’air.

Il ressort des informations dont dispose la Commission que, depuis 2005, les valeurs limites applicables aux PM10 ne sont toujours pas respectées dans un certain nombre de zones en Belgique.

L’inaction coupable d’Huytebroeck
Ajoutée à la menace d’amende pour la pollution de l’eau, la sommation adressée par l’Europe à la Belgique en matière de pollution de l’air témoigne de « l’inaction totalement coupable de la ministre Huytebroeck et du gouvernement Picqué », a fustigé jeudi le chef de file de l’opposition MR au parlement bruxellois Didier Gosuin.

« Bruxelles est donc tancée une nouvelle fois pour son inaction et son incapacité à prendre des mesures de lutte contre les micro-particules. Depuis 2005, j’interpelle la ministre qui se réfugie, comme d’habitude, dans des discours sans poser aucun acte », a commenté Didier Gosuin.

Selon lui, la seule chose que le gouvernement bruxellois a faite, c’est supprimer les pollumètres sur la voie publique et demander une dérogation, sans réussir à convaincre, pour ne pas respecter les valeurs limites d’émission des particules fines (50 µg/m³ maximum 35 fois/an).

« Il fallait que la Région démontre qu’elle a pris des initiatives. Or la ministre n’a rien fait depuis 2004 », a-t-il encore dit.

Eaux usées : les installations seront conformes en 2013
Des travaux sont en cours pour adapter les infrastructures bruxelloises d’égouttage et d’épuration d’eau à la directive européenne sur les eaux usées. La Région bruxelloise attend de pouvoir se défense devant la Cour européenne de Justice, a affirmé jeudi la ministre bruxelloise de l’Environnement Evelyne Huytebroeck, à la suite de l’annonce de la demande de mise à l’amende de la Belgique pour non respect de cette directive par les trois Régions.

« La Région bruxelloise attend la signification de la saisine avant de développer auprès de la cour de Justice ses moyens de défense. Cette initiative européenne s’inscrit dans le cadre d’un contentieux connu depuis de longues années puisque la directive de 1991 devait être mise en ½uvre en Belgique en 1998 », a commenté Evelyne Huytebroeck.

Pour se conformer à ses obligations, la Région bruxelloise a construit deux stations d’épuration, en 1994 au sud et en 2003 au nord de Bruxelles, et a développé son réseau d’égouttage, a-t-elle rappelé.

Cependant, la Commission a fait savoir en 2009 que ces infrastructures ne répondaient pas totalement aux exigences européennes.

Depuis lors, a ajouté la ministre, Bruxelles a entamé des travaux de mise à niveau de ces infrastructures.

Concrètement, le processus de construction de deux nouveaux collecteurs (le Verrewinkelbeek et le Vogelzangbeek) est en cours, de même que les travaux d’aménagement du traitement de l’azote et du phosphore par la station d’épuration sud.

Evelyne Huytebroeck a ajouté qu’à l’instar des deux autres Régions, les installations bruxelloises seraient conformes aux exigences européennes pour 2013.

(belga)

Le Soir 03-03-2011
http://iphone.lesoir.be/actualite/Belgique/article_778149.shtml

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